Les généralités de l’école

Cet article est le fruit du travail de senseï Pierre-Yves Campagnac

TAIKIBUDO : généralités

LA TENUE

La tenue vestimentaire du taikibudoka, fidéle à la tradition du Budo YOSEIKAN, se compose d’une veste bleue symbolisant le IN, ou Yin chinois (polarité négative), et d’un pantalon blanc symbolisant le YO, ou Yang chinois (polarité positive), représentant ainsi le Tao ou Do japonais, voie de l’unité par delà le dualisme, ainsi que d’une ceinture de couleur correspondant au niveau technique et surtout moral du pratiquant. Les iaidokas de notre école portent un hakama noir , tout simple, en souvenir de la tradition de l’école d’armes Katori Shinto ryu, transmise par la même famille MOCHIZUKI.
L’attitude du taikibudoka est considérée comme juste (SHISEI) si celui-ci respecte d’abord naturellement les règles comportementales de l’Etiquette, ou REI SHIKI (formes cérémonieuses et de préséance), communes à nombres de Budo, et que traduisent les éléments suivants :
– Humilité et état d’esprit du débutant (SHOSHIN), qui facilitent l’apprentissage et le sentiment respectueux.
– Calme et politesse, sans agressivité inopportune.
– Prudence et discrétion, qualités martiales garantissant une certaine sécurité et permettant l’observation.
– Vigilance (ZANSHIN) liée au contrôle de son attention, de sa respiration, associée à la décontraction physique, permettant ouverture d’esprit, sens de l’adaptation et développement de l’intuitivité.
– Travail intense de la sensation physique précédant et générant la formulation intellectuelle.
– Volonté de s’améliorer sur tous les plans grâce à sa pratique assidue (SHUGYO) et esprit de décision (KIME) que l’on cultive sans cesse (SEISHIN TANREN).

LE SALUT

Celui-ci exprime à la fois respect, humilité, confiance, remerciement et se veut avant tout signe de Paix. Face à l’instructeur, il est signe d’humilité, signe de confiance par le geste d’exposer sa nuque, et également manifestation de reconnaissance pour l’intérêt qui nous est accordé. Face à l’autre étudiant, il est signe de reconnaissance de celui-ci en tant que partenaire, allié participant à une quête d’évolution personnelle réciproque, comme un autre soi-même uni dans la même recherche de progression.
Face au kamon de l’école Taikikan, il est signe de respect pour les symboles ou idées-forces représentées simplement ou suggérées, et qui seront autant de sujets de recherche à un moment ou à un autre de la progression de l’étudiant :
Le salut s’effectue debout (RITZU REI) ou agenouillé (ZA REI). On s’agenouille en commençant par le côté gauche, puis le droit, orteils en appui puis étendus, on s’assied sur les talons sans que les orteils ne se chevauchent, les poings fermé pouces étendus (aspect martial et aspect santé).
On s’incline en posant les deux mains au sol en triangle, en même temps (signe de confiance), en présentant sa nuque, puis l’on se redresse en repositionnant ses mains sur ses genoux avec un geste circulaire. Le rituel peut différer si l’on tient à exprimer la méfiance (pose des mains successive et suivi du regard). On se relève avec le pied droit.
En début et en fin de cours, le cérémonial distingue les temps et commandements suivants :
– SEIZA (s’asseoir)
– SHOMEN NI REI (salut au KAMIZA)
– SENSEI NI REI (salut au professeur)
– OTAGAI NI REI (salut des élèves entre-eux)
– MOKUZO, YAME (ajuster sa respiration, sa posture, vider son esprit) facultatif
– KIRITSU (se lever)
– REI (salut final)

LA GARDE

Tout d’abord, la garde (GAMAE) désigne un état d’esprit, la vigilance sans objet ou ZANSHIN, une attention simple portée à son environnement quotidien qui doit être cultivée, afin de pouvoir capter le moindre signe de danger ou plus généralement la moindre opportunité : bref ce dont est capable n’importe quel animal sauvage.
Puis, en cas de danger immédiat, elle se traduit physiquement par une position ramassée type FUDO DACHI, orientée de ¾, avec 50% du poids de corps sur chaque jambe.
La main avant est ouverte, également signe de paix à proposer en priorité, prête à parer, en limite de zone de sécurité ou distance sociale, tandis que la main arrière est fermée, prête à frapper, sans tension, ni crispation. L’attention est ainsi attirée sur le fait que les deux mains peuvent agir de manières différentes, à des moments différents.
La GAMAE doit permettre une bonne vision périphérique et une grande mobilité pour favoriser l’adaptation rapide à un environnement particulier. A cette fin, le talon du pied arrière reste légèrement décollé du sol, favorisant les mouvements de pivot et la propulsion vers l’avant.
La garde traduit un état d’esprit et une maîtrise technique qui sont autant de signaux perçus et traduits par l’opposant (volonté, crainte, offensivité, passivité, provocation, expérience, lacunes), elle est le principal outil de communication entre les combattants, mettant en jeu simultanément les notions d’évaluation de la distance (MAAI), du travail de la cadence (HYOSHI) et de la prise d’initiative (SEN), ainsi que la projection de la volonté offensive (KISEME).
Rappelons pour conclure que le KYOKUN dit  » D’abord la garde, puis la position naturelle « , ce qui peut tendre à signifier qu’au début on peut (on doit ?) travailler un réflexe de protection systématique lorsque l’on est surpris (prise de garde-type), puis que l’on doit tenter d’adapter sa réaction au genre de l’attaque subie sans nécessairement avoir recours à celui-ci, puis que l’on devrait naturellement toujours être vigilant, afin d’éviter d’être surpris, et que dans ce cas-là prendre la GAMAE serait inutile, voire une faute (un APPEL).

LES POSTURES

La forme de corps (TAI JUTSU) de l’école TAIKIKAN et les postures-type qu’elle adopte se caractérisent par un travail de fluidité et de mobilité, émaillé de temps d’enracinement nécessaires à l’expression du KIME (temps offensif ou temps d’union). Ainsi le centre de gravité doit-il toujours rester relativement bas, les hanches mobiles et les genoux déverrouillés. Cela permet de se déplacer vivement tout en assurant sa verticalité, cette dernière étant le symbole du travail effectué par le Budoka pour échapper à l’animalité (verticale) et atteindre un niveau d’épanouissement intellectuel, voire spirituel, propice à l’établissement de la Paix, ou de l’harmonie avec son environnement. De plus la verticalité exprime la vigilance, la volonté d’assurer sa sécurité par l’attention et l’observation.
La station debout peut être parfois sacrifiée, selon les aléas du combat, en utilisant la technique du SUTEMI ou en enchaînant au sol (NE WAZA), mais ce toujours au détriment de la mobilité et de la vision périphérique, notamment dans le cas d’un affrontement avec plusieurs adversaires.
Les principales postures recensées en TAIKIBUDO correspondent à des transferts de poids du corps effectués à des moments précis, pour des raisons qu’elles suggèrent, mettant en jeu l’inertie et caractérisant le style traditionnel de notre école sont dans l’ordre:
– HACHIJI DACHI (attention, naturel, volonté) position naturelle
– FUDO DACHI (mobilité, vigilance, stabilité) gamae
– ZENKUTSU DACHI (attaquer, pousser, expirer) fente avant
– KOKUTSU DACHI (défendre, absorber-tirer, inspirer) fente arrière
– NEKO DACHI (absorption, esquive, infiltration, défense dynamique, style) position du chat
– CHIKO DACHI (enracinement, défense, blocage, puissance), position du cavalier
– HAPPOKEN DACHI (attaque et esquive unifiées)
On les retrouvera toutes plusieurs fois dans la progression technique du TAIKIBUDO, dans les katas en particulier.

LES DEPLACEMENTS

 » En Budo tout commence par un pas  » dit le proverbe, aussi est-il tout naturel de commencer par apprendre à marcher, en insistant sur le déroulé du pied : le temps talonnier de la marche correspondra souvent à une phase d’appui et le temps de pointe à un pivot (voir Happoken dachi).
La marche normale, naturelle, pas croisés de face est AYUMI ASHI, et convient à toutes les surfaces, planes ou accidentées.
Le pas glissé est TSUGI ASHI, la marche glissée où un pas rattrape l’autre est OKURI ASHI, permettant tous deux d’augmenter l’enracinement au sol, l’abaissement de son centre de gravité et la vitesse d’impulsion des membres inférieurs, alliant ainsi stabilité et motricité. C’est le type de déplacement utilisé lors du travail au sabre et qui convient particulièrement aux surfaces planes (Dojo). Pour se déplacer alors vers la droite on décalera d’abord le pied droit, et pour se déplacer vers la gauche, le pied gauche.
Le pas sauté est TOBI ASHI, qui permet de casser la distance et de prendre son élan pour augmenter son inertie à la réception du corps.
Le pas croisé latéral, dit KOSA ASHI (pas de crabe), assez rare, n’est pas pour autant qu’une figure de style retrouvée dans les katas (tonfa, naginata, yori), car utilisé à distance de sécurité il permet d’user efficacement de certains pivots de hanches et d’utiliser des possibilités supplémentaires de déplacement ou de ripostes (prise d’élan, yoko geri, ashi kake ).
Le facteur commun à toutes ces façons de se déplacer est l’utilisation de la technique dite IAI GOSHI, qui consiste à abaisser son centre de gravité (HARA) par une légère flexion des genoux tout en l’associant à une ouverture du bassin (anté-pulsion), et permet d’optimiser la puissance du déplacement de l’utilisateur, en ancrant ses appuis, et en lui assurant une bonne verticalité, gage d’ attention et de bonne réactivité. L’exercice qui consiste à se déplacer en marchant avec la sensation de passer par le centre et de  » tirer  » un poids est destiné à la cultiver.

LES ESQUIVES (complément des déplacements)

Il s’agit de déplacements dynamiques visant à éviter une attaque, effectués en interaction de distance, de temps et de perception avec un ou plusieurs opposants, et ce dans les huit directions. On les nomme génériquement TAI SABAKI et l’on en distingue 3 niveaux différents :
– ASHI : esquive totale par mouvement des jambes, effaçant le grand axe tête-tronc , linéaires ( IRIMI, HIKI, HIRAKI soit AV, AR, LAT) ou girouettantes ( effacement sur pivot total ou partiel après un pas de désaxement, NAGASHI, IRIMI SENKAI)
– JYO ou KOSHI : esquive partielle du tronc par effacement/rotation, associée à une flexion des jambes.
UKE : technique de parade/déviation/couverture correspondant à l’adaptation ultime de la garde face à une attaque donnée. La forme privilégiée par l’école TAIKIKAN est le HARAI UKE, ou forme souple de déviation fouettée, selon 4 directions UCHI, SOTO, AGE, OTOSHI (interne, externe, montante, descendante).

2 réflexions sur « Les généralités de l’école »

  1. Merci à notre ami Pierre-yves, digne représentant de notre modeste école qui est apprécié par tous les membres techniques du taikibudo car il sait faire profiter de son expérience en toute simplicité et en respectant le savoir des autres (tout le monde n’a pas ce tact)
    Je conseil et même recommande à tous les yudansas notamment ceux qui sont en préparation de menkyo et qui veulent évoluer sur la compréhension de certaines subtilités de notre école à se rapprocher de ce sampaï de la première heure.

  2. Ces quelques notions générales constituent à la fois un minimum et un maximum théoriques …
    Elles n’ont AUCUN intérêt si les exercices pratiques qui les nourrissent nous sont inconnus ou insuffisemment travaillés !
    Le but véritable en les présentant ainsi est de nous pousser à nous demander si nous sommes capables de les illustrer dans nos cours,dans notre vie quotidienne .
    Si c’est le cas,il nous appartiendra alors de partager notre expérience avec ceux qui, moins avancés, ne le peuvent pas encore, … et le désirent, dans le cadre d’échanges et de rencontres sympathiques dont le TKB à le secret.
    Bonne pratique,bonnes lectures.

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