Exemple vécu d’une préparation de grade au cerep

Voici un exemple de préparation au CEREP pour un menkyo véritable.

A la demande du fondateur, pour servir de référence aux préparations présentes et futures des Menkyo-cerep, voici un condensé du travail réalisé, afin que nul n’ignore ……………
Pierre-Yves est un « sampaï » de la première heure, il est de ceux qui ne se contente pas de parler mais s’active pour sa progression personnelle et faire avancer les élèves de notre école; il a toute ma confiance car n’hésite pas à reconnaitre certains égarements et met tout en oeuvre pour le prouver.

Faire une erreur et ne pas la corriger, c’est cela la véritable erreur
Encore faut il la reconnaitre
C’est cela aussi la voie

Par PYC
RETOUR SUR LE YODAN
Au mois de Septembre 1998, notre Sensei Denis gauchard me demandait de préparer le niveau Yodan pour le mois de juin suivant, en compagnie de Frédéric Noret avec lequel j’avais déjà travaillé le Sandan deux ans auparavant. J’avais alors 26 ans, 18 ans de pratique des arts martiaux, dont 9 années de Taikibudo (époques Yoseikan, Ecole française de Budo, Hakko ryu, Kempo Boxing). C’était une étape importante à plus d’un titre. Je conservais une très forte impression du Sandan car son contenu convenait bien à mon tempérament de combattant, composé essentiellement de katas de jujutsu/kenpo/kobudo que je pratiquais depuis longtemps et que je maîtrisais bien. La préparation effectuée avec Fred ayant été régulière et intense, tant au hombu Dojo qu’au CAMA, la présentation fut un moment harmonieux, très positif, une vraie satisfaction au terme d’une année de travail qui faisait de nous des ANCIENS, des piliers de nos associations, des instructeurs plus qualifiés, et qui consacrait une certaine maturité physique.
Le contenu du Yodan me sembla bien étrange, alors que je continuais à approfondir mon programme précédent : il constituait à la fois un prolongement et une rupture dans l’étude du Taikibudo (en fait une évolution), me proposant des directions de travail différentes de celles suivies auparavant et pour lesquelles je ne nourrissais pas particulièrement d’affinités ou de capacités évidentes … IAI, NAGINATA, Bâtons et surtout SHIATSU et KOHO GOSHIN TAISO … moi qui m’exprimais avec joie et aisance en kenpo/jujutsu, en compagnie à l’époque de nombreux anciens du même profil, allais devoir « me farcir » du kobudo à profusion et surtout des techniques de santé pour lesquelles je ne ressentais qu’un faible intérêt. De plus, accompagnant cette nouvelle étude, demande nous était présentée de nous engager de manière plus significative dans la vie et le fonctionnement de l’école Taikikan (Commissions, stages, présence …), ce qui nous troubla beaucoup avec Fred, au regard de nos rythmes de vie respectifs à cette époque : pour ma part je vivais alors à Melun depuis deux ans, travaillant jour et nuit dans une clinique en bloc opératoire, mon fils Vincent venait de naître et j’avais repris une licence en Judo tout en restant assidu au cours de Taikibudo du Vendredi au hombu Dojo de Châtenay (40 km de chez moi) Fred, quant à lui, était également para-médical, très accaparé par son travail de manipulateur-radio, sa maison qu’il venait de construire à Cannes-Ecluse, sa femme et ses deux petites filles.
Néanmoins, assez rapidement, nous décidâmes que peu importaient ces difficultés, qu’ elles nous donnaient l’occasion de progresser, et, soucieux de ne pas décevoir Denis qui nous faisait l’honneur de nous le demander, nous nous lançâmes dans la préparation de cette présentation, prévue en Juin. Du mois de Septembre au mois de Janvier mon entraînement personnel fut intense, notamment en iai où, avec en tête l’image de Denis et de Jocelyn Butter réalisant iai no kata, la barre était mise très haut. Je pense que je n’ai jamais autant dégainé de ma vie, tous les jours, la nuit, des heures … premier katana (espagnol) … première coupure ( en forêt ! ) … Très vite cependant, une ombre apparut : Fred se révéla de plus en plus tourmenté par sa capacité à s’investir dans le Taikibudo et, la distance entre nos domiciles n’arrangeant rien, les séances de travail en commun, si dynamiques et agréables fussent-elles, se trouvèrent très espacées, se raréfièrent pour s’interrompre en Novembre. Il me sembla alors que nous avions pris la décision tacite d’abandonner notre préparation et, désabusé, honteux à la perspective de décevoir Denis, puis pris par le rythme de ma propre vie, je cessai de travailler le programme du Yodan pendant deux mois.
En Mars, SURPRISE, je reçus un coup de fil de Fred qui, après une mise au point avec notre Sensei, me demanda de présenter malgré tout ce niveau en Juin, au terme de trois mois de travail intensif. Et là mes amis, oui INTENSIF celà le fut , de la belle préparation, enthousiaste, ACHARNEE même : entraînements chez Fred (dans son jardin), séances à Montereau au CAMA en semaine, stage techniques de santé le week-end et surtout, le plus possible, le Vendredi soir au Hombu Dojo Taikikan chez Denis où nous restions après le cours de 19H-21H, demeurant sur place à travailler jusqu’à l’épuisement, ou jusqu’à ce que Denis nous conseille de partir, vers 1H du matin …
Ces moments là furent pour moi l’âme de notre préparation, moments chers à mon cœur, qui m’ont construit en tant qu’homme et donné mon identité de Taikibudoka : des heures à répéter nos enchaînements de bâtons au plus profond de la nuit, perdant même la notion du temps, malgré la fatigue et parfois le découragement, avec quelques fois la porte du Dojo qui s’ouvrait et le visage de Denis qui apparaissait, étonné, et fier je crois, de nous trouver « encore » là …
La présentation eut bien lieu en Juin, comme prévu. J’en garde pour ma part un souvenir mitigé, teinté d’amertume : notre préparation écourtée, avec ses débuts timides et son interruption prolongée ne nous permit pas d’effectuer la prestation que j’espérais, en tout cas pas au niveau de ce que nous aurions pu et dû produire, le retard pris n’ayant pas été comblé. Nous en fûmes terriblement conscients avec Fred, et celà gâta beaucoup toute cette expérience, malgré sa richesse.
Avec le recul, peut-être suis-je trop exigeant, trop partial en ce qui nous concerne tous les deux, car de la présentation de ce jour de Juin 1999 je me souviens en réalité surtout de mes propres erreurs, dans les deux dernières séries du bunkai de bo no kata, avec le jo, d’un rengainage à l’envers dans iai no kata et d’un sentiment permanent de frustration qui subsiste encore des années après, à l’évocation de cet évènement. Un jury sportif anonyme attentif aurait-il « tiqué » à un moment où à un autre de notre démonstration ? Peut-être, peut-être pas, peut-être un peu … Fausse question … La vraie : étions nous passés « à côté » de ce que nous avait proposé notre Sensei ?
Réponse : quelques mois après, Fred et moi-même finissions premiers aux championnats de France IMAF 2000, catégorie bunkai jujutsu, avec le bunkai mains nues de sai no kata (programme Yodan). Cette même année, à l’automne, nous présentions notre niveau Yodan en ju jutsu devant Patrick Brégier 6ème Dan RENSHI IMAF, Directeur Technique de l’Académie YISEISHINDO (nombreux éléments du programme Yodan). En 2001, nous finissions deuxièmes aux championnats de France IMAF toujours avec le bunkai de sai no kata que nous avions encore amélioré. La même année, les 14 et 15 Avril, nous terminions premiers aux championnats d’Europe IMAF catégorie kobudo à deux avec tonfa no kata (travaillé au Yodan) et pour ma part 2ème ex-aequo en kobudo individuel avec bo no kata (travaillé au yodan) pour l’anecdote , ce jour là,notre ami Patrick Rapinier, alors Nidan, se classa premier en kata de iai, devant un 6ème Dan pas content du tout … (programme … Yodan !).
Après réflexion, cet épisode du Yodan de Taikibudo, que j’ai vécu en demi-teinte lors de sa présentation, a finalement eu des effets très positifs grâce à sa préparation, aussi inégale et insatisfaisante fut-elle par certains aspects et à certains moments, mais vraie et intense expérience de vie. La signification du terme Menkyo prend ici pour nous tout son sens , le système des grades devenant un moyen d’évolution et non pas une fin en soi, grâce à la confiance accordée par le Sensei qui nous connait personnellement et qui nous juge d’abord prêt à préparer un niveau supérieur, puis qui nous fait finalement la faveur de nous demander de bien vouloir lui montrer à quel point nous avons progressé, au terme d’un vrai travail personnel, nous rendant par là-même responsable de notre évolution.
Le plus important de cette démarche, outre le fait qu’elle nous renvoie à nous-même et à nos responsabilités, réside en ce qu’elle est collective sur le fond, toujours partagée, d’abord avec notre partenaire dont l’implication est essentielle et avec lequel des liens forts vont immanquablement se tisser, partagée ensuite avec les anciens qui encadrent, accompagnent régulièrement notre travail, partagée enfin par le Sensei et les anciens invités à assister à la présentation finale, faisant de l’évolution personnelle de chacun la réussite de tous.
A l’issue de cet humble travail de mémoire et de formulation, je tiens simplement et véritablement remercier les amis, compagnons de route, partenaires, frères d’armes suivants, qui ont chacun à leur façon et à des moments différents donné à ma vie une intensité particulière :
Fabrice houpeaux pour le Nidan
Frédéric Noret pour le Sandan et le Yodan
Patrick Rapinier pour sa préparation du Sandan (et le reste …)
Denis Gauchard Sensei, pour son aide, son attention et … sa patience

Pierre-Yves CAMPAGNAC
Godan Taikibudo 2005

1 réflexion sur « Exemple vécu d’une préparation de grade au cerep »

  1. Bonjour à tous,
    Pas si évident de lire autant de texte dans nos sociétés actuelles, j’ai lu et j’apprécie beaucoup ses descriptions et ses ressentis.
    Le corps peut parfois s’en aller, l’âme jamais.
    Bonne continuation.
    Fabrice

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