Tradition Budo et self défense

Un commentaire vient d’être posté par notre ami Pierre-Yves Campagnac Renshi et Rokkudan en Taikibudo et promu récemment Godan en Nihon Jujutsu de la Kokusai Budoin IMAF.

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Ce commentaire pouvant passer inaperçu, car reprenant un article paru il y a quelques temps déjà (suivre ce lien) je me permet de le publier dans ce nouvel article de la catégorie “La chronique de PYC”.

Trait

Autant prévenir tout de suite, la comprenote de ce commentaire intéressant à plus d’un titre n’est pas d’une accessibilité évidente au commun des mortels (dont je fais parti) notre ami Pierre-Yves est un érudit fin connaisseur de notre passion commune autant en historique, qu’en pratique et philosophie  et il mélange le verbe avec humour dissimulé pour mieux faire ressortir les multiples facettes des pratiques et surtout des pratiquants.

Et surtout rassurez vous, nullement besoin d’être un intellectuel (mais l’un n’empêche pas l’autre) pour pratiquer sérieusement et atteindre un niveau respectable dans nos disciplines.

Pour ma part, je n’hésite pas à demander de l’aide à Claudette ma muse et mon mentor; pour certaines compréhensions vaporeuses mais néanmoins  subtiles.

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Tradition Budo et self défense par Pierre-Yves Campagnac

Un article qui, entremêlant beaucoup de choses, a le mérite de nous permettre d’y réagir et de tenter d’apporter quelques réflexions supplémentaires.
Tout d’abord, que les faux Budoka avancent d’un pas l’air contrit et tendent la joue gauche, ô ignorants, pervertis, dévoyés qu’ils sont !!!
Il existe plusieurs conception du Budo, mieux vaux le comprendre et l’accepter, sans cela on se sent toujours le "con" de quelqu’un (triste)… et l’on méprise (pire) …
Un vrai Budoka serait toujours une personne lumineuse pratiquant une discipline de combat d’origine japonaise à vocation martiale ou sportive ou philosophique ou les trois, qui y associerait TOUJOURS une dimension d’auto-perfectionnement global de sa personnalité.Il se remettrait en question régulièrement (shoshin), commencerait par donner l’exemple en s’appliquant à lui même une discipline rigoureuse sachant qu’il n’est en principe, dans sa clairvoyante lucidité,ni l’abbé Pierre, ni Takuan Soho, ni Miyamoto Musashi,et tenterait d’accueillir les "Autres" avec chaleur, dans leur différence, sans voir systématiquement en eux des brutes, des cons (currents), des incapables bref, de la crotte de bique fraîche … Ceci précisé, que les VRAIS Budokas s’avancent … et effectuent joyeusement un quadruples coup de pied retourné sauté à froid et les yeux fermés (signe secret et imparable de reconnaissance) !!!

tradition

"Traditionnel" est une notion qui semble désigner une somme IMMUABLE de principes culturels fondamentaux,transmis dans une communauté donnée, de génération en génération, dont on doit tenir compte, en principe, et jusqu’à preuve du contraire, pour mieux s’adapter au présent. On parle souvent de "tradition vivante", car les pieds dans le passé et la tête dans le présent. La Tradition morte, ou perdue, … on peut pas en parler, pardi !
Les arts martiaux sont tous respectables, mais à des degrés différents, les Budo (sportifs ou non), pacifiques et humanistes, occupant aujourd’hui le sommet de l’échelle des valeurs dans les sociétés dites civilisées, surtout en temps de paix,où ils forment plutôt des citoyens, les Bu jutsu occupant en revanche un échelon moindre, car plus pragmatiques et utilitaires, formant plutôt des miliciens, type de citoyenneté très appréciée en temps de guerre (comme c’est curieux !). Reconnaissons que les uns ne sont jamais allés sans les autres,et que les philosophes ont toujours prospéré à l’ombre des piques, les "barbares" tenus à distance de "l’empire" manu militari … Le tao quoi …
Il n’est pas curieux (j’ai dit curieux ?)que tout le monde se critique, car la Budo-sphère, ou monde des Zarmartio (sic), est devenue un grand centre commercial où chacun prêche pour sa Fédé, sa compète, son stage, sa ligne de sportswear à grand renfort de média (journaux, TV, web), de kimono,écussons et ceintures bariolés.
Oyez, oyez : "Ici nous sommes plus meilleurs! Ici vos ennemis seront plus morts! Ici devenez tous Grand Maître ou Champion super-vite sans transpirer car c’est dégoûtant!" …

bushido

La tradition des Bu Jutsu ou celle des Budo contient tout ce qui est nécessaire au combat de survie, encore faut-il en connaître les clefs, Kokoro (l’esprit) d’une part, et Waza (la technique), notamment ses aspects URA (à découvrir en cherchant et/ou en étant guidé) d’autre part. On tend à ironiser de temps à autre au sujet de tel Champion mis à mal dans "la rue" (qui rime avec "pue" non ?), mais on ne compte plus les occasions où des "bêtes" de Dojo ou de ring ont fait le ménage autour d’eux dans les mêmes conditions. Encore une fois, il s’agit plutôt d’une question d’individu : "Agneau en peau de tigre craint encore le loup" dit l’adage des Alpes du Sud (où les tigres foisonnaient autrefois …).
Les spécialistes du combat de rue, ou Self, ou Goshin Jutsu, vendent, souvent très bien, de l’auto-protection pratique et moderne, pas de la philosophie existentialiste, leur référence idéologique est donc plus naturellement le cadre juridique de la légitime défense, ils ne se sentent ainsi pas tenus de présenter un exposé vivant sur " la quête du Mushin dans la libération du Soi Véritable" …

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La tendance (mode) actuelle est au MMA (option gladiature et business)et à la Self-Défense (option l’autre méchant va venir nous taquiner tout à l’heure), qui sont des  orientations pour lesquelles j’ai encore la faiblesse de nourrir un l’intérêt (sans cesse décroissant). J’avoue piteusement que si j’avais 14 ans aujourd’hui je serais très attiré par le MMA, et que je ne dédaignerais pas d’effectuer quelques stages de Kravmaga "avé les copaings" … Il faut néanmoins reconnaître que ce n’est pas avec ces valeurs là que l’on va bâtir un monde meilleur, et qu’il s’agit plutôt d’un signe de décadence, d’un symptôme du mal qui mine notre société et notre époque (Matérialisme).
Nos techniques n’ont pas à être adaptées à la rue : ce sont avant tout des moyens d’éducations qui doivent transformer les hommes et la rue dans laquelle ils vivent … Le Dojo c’est le Dojo, une manière de faire exigeante qui doit tendre vers le haut, pas vers le vulgaire … N’oublions pas cette autre maxime Bas-alpine célèbre jusqu’au royaume de Khal-fouët : "Entraînement difficile, guerre facile !" …
A mon sens, les soucis des pro de la sécurité leurs appartiennent, ils forment une minorité utile (une élite, parfois) sélectionnée et habilitée à intervenir dans des circonstances particulières, extra-ordinaires.
Leurs méthodes de gestion de crise sont particulières , voire spécifiques à leurs terrains d’engagement, et ne sont pas toujours superposables aux modes de conditionnement sportifs ou de Dojo, en tout cas pas sous la même forme (degrés de vigilance, anticipation et identification de la menace, zone et comportement à risque, conduite d’évitement/dissuasive,non-verbal,suivi mental, appui, désescalade, …).
Tout le monde peut faire du spectacle, du rituel, du pré-arrangé, presque sa parade nuptiale dés lors qu’il s’agit de se montrer, de SEDUIRE  un public, les Budoka qui oublient que nombre de chutes sont volontaires et/ou amplifiées (voir Kote Gaeshi) comme les Goshin Jutsuka qui augmentent parfois (souvent ?) l’intensité de leur riposte et diminuent la progressivité de celle-ci.

La Voie

Notons qu’en sport de combat, lorsque tu en prends une vraie, tu le sais, et ça se voit … C’est si simple souvent la Vérité …
Il ne me paraît généralement pas utile de préciser à mes élèves adultes, souvent plus cortiqués que moi, qu’il est recommandé de toujours s’attaquer à plus faible que soi, ni que l’union fait la force, les prédateurs chassant souvent en bande depuis la nuit des temps, même que Sun Tzu l’a dit, bien qu’enrhumé … Citons cette autre sentence Bas-Alpine traditionnelle et attribuée à un vieux tigre local : " Si tu es petit, seul et à forte poitrine, tu m’intéresses !".
Si savoir courir (vite et longtemps) est un ancien élément de stratégie non-négligeable (voir le combat des Horaces contre les Curiaces …) et que c’est très bon pour la santé, je ne pense pas que cela revête la moindre importance dans un cours d’arts martiaux, car cela équivaut à "donner son dos", ce que certains preux Samouraï refusaient même morts, allant jusqu’à demander à leurs équipiers de tourner éventuellement leur cadavre face contre terre et tête vers l’ennemi, afin que leur courage ne soit pas mis en doute. Insister sur le TAI SABAKI me paraît plus astucieux, plus noble et plus conforme aux enseignements reçus dans le cadre du TAIKIBUDO et de la KOKUSAI BUDOIN IMAF JAPON, ainsi que dans toutes les salles de Boxes où de nombreux partenaires attentionnés ont eu à cœur de me botter … les fesses.
Au Dojo, sur le ring, sur parquet ou tatami, ou dans la vie tout simplement (essentiellement), on s’évertue à FAIRE FACE, en luttant contre la peur (NIDAN), en recherchant toujours la difficulté (aller inviter toujours plus "fort" que soit est une habitude à rappeler au Dojo, le confort n’y est pas une option !), parfois jusqu’au SACRIFICE(SUTEMI, fleur de l’esprit chevaleresque nippon):
viennent ensuite naturellement le sens des responsabilités, et le RESPECT (de soi et des autres).
Allez, zou, à l’entraînement !

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