Le respect de l’autre

Merci à Daniel Cabanne pour ce nouvel article intéressant qui je l’espère sera lu par le plus grand nombre car il reflète une réalité malheureusement constatable dans de nombreuses occasions et souvent par ceux qui sont sensés montrer l’exemple.

J’espère surtout qu’il sera lu par certains pratiquants devenus “maître” qui savaient déjà tout avant de rencontrer leur premier “senseï”

Trait

 

Le respect de l’autre dans le monde du Budo !

Il est peut-être arrivé à chacun de nous d’avoir un jour eu un comportement manquant de considération envers ceux qui ont le plus d’expérience dans la pratique des Arts Martiaux. Un enseignant comme un pratiquant expérimenté peuvent aussi avoir parfois un comportement manquant de tact. Cette attitude est d’autant plus regrettable lorsque nous avons la charge d’enseigner. Pratique technique et philosophie sont indissociables. Ne l’oublions jamais, si nous ne voulons pas nous écarter de la voie ! Chacun de nous doit être capable de reconnaître ses erreurs dans son for intérieur. Voici une histoire fictive illustrant les erreurs et les difficultés dans la communication.

 

image

Un vieux senseï avait formé durant de nombreuses années un élève qui lui semblait doué sur le plan technique. Il lui apprit ce qu’il savait de son Art Martial. Sentant que sa vigueur d’antan n’était plus la même, il lui confia la charge d’entraîner les adultes, conservant uniquement les cours des jeunes. Le jeune entraîneur accomplit parfaitement cette tâche, ne demandant toutefois jamais si sa pédagogie répondait aux attentes de son ancien instructeur, faisant preuve,
involontairement ou pas, d’un manque de considération et de modestie.
Le vieux senseï demanda un jour à son élève, officiellement proposé au poste d’entraîneur, pourquoi il avait l’air soucieux ? Le jeune entraîneur venait de diriger seul un passage de grade, en compagnie de son vieux senseï, affectant d’ignorer sa présence et lui répondit : " J’ai reçu un coup de poignard de la part de quelqu’un que j’estimais.
Dorénavant, je n’aurai plus confiance en personne ! ".
Le vieil enseignant ne répondit rien, mais se souvint avoir formulé, juste auparavant au cours d’une conversation à laquelle son élève n’assistait pas, un point de vue sur son comportement durant un stage, propos lui semblant, sans doute à tort, judicieux et appropriés, mais peut-être sortis de leur contexte et répétés déformés, occasionnèrent une réaction immédiate de l’intéressé, ne prenant pas le temps de la réflexion qui lui aurait permis de voir qu’il n’y avait
aucune méchanceté dans les paroles qui suivent : " Il a mal pris le fait qu’il ait été cette fois-ci complètement ignoré, contrairement à l’habitude ".
Le vieil enseignant fut d’autant plus étonné de la réaction, ayant été lui-même l’objet de diverses attaques tout au long de sa pratique, sans pour autant garder rancune envers leurs auteurs. Car il nous arrive à tous de commettre des erreurs.
Le senseï avait aucune intention de nuire, ayant soutenu depuis fort longtemps son ancien élève.
A l’inverse, ce dernier lui précisa : " Je suis rancunier. Je ne vais pas changer de caractère maintenant ! ". Défaut, annihilant nos facultés d’analyser avec lucidité une situation impromptue, avec le recul nécessaire. En faisant preuve de moins de susceptibilité, le jeune entraîneur aurait pu demander à son ancien instructeur une explication. Cette petite anecdote nous montre que nous pouvons être des pratiquants de qualités, expérimentés, d’un excellent niveau
technique et avoir la mémoire courte, oubliant de temps en temps à qui nous devons notre formation et la place que nous occupons, certes grâce aux capacités dont nous avons su faire preuve pour évoluer dans les Arts Martiaux, mais aussi grâce aux marques de considération que nous portent nos entraîneurs.

 

image

Hélas, ayant trop souvent une certaine opinion de nous-mêmes, du fait de nos succès relatifs et de nos fonctions, la reconnaissance dont nous devrions faire preuve n’étant pas toujours notre souci principal, nous pensons n’avoir besoin d’aucun conseil, fut-il d’ordre pédagogique ou philosophique.
Pour les plus enclins au vedettariat, la considération dont nous devrions faire preuve envers nos anciens instructeurs est complètement ignorée. Ce comportement est d’autant plus grave quand nous avons la charge d’entraîner et de
former de nouvelles générations de Budokas !
Leur apprenons-nous uniquement la technique et faisons-nous l’impasse sur la formation morale et philosophique propre aux Arts Martiaux ? On peut se poser la question !

 

image

Notre attitude égocentrique peut également blesser cruellement ceux à qui nous devons, en grande partie nos connaissances. Cette question ne nous effleure pas toujours, préoccupés par notre propre personne. Nous sommes loin des préceptes des grands maîtres pétris d’humanisme. Chez un vrai senseï, une remarque doit toujours être faite dans le but d’améliorer le comportement des pratiquants, jamais dans le but de les humilier. Ceci dit, le vieux senseï aurait pu
s’abstenir de faire une remarque non constructive, surtout en dehors de la présence de son élève !
Voilà pourquoi il est bon de douter et de prendre le temps de réfléchir à notre propre comportement. Il faut savoir tirer les leçons de nos erreurs. C’est ainsi que nous évoluons.

 

image

Un senseï, jeune ou ancien, doit toujours s’efforcer de rester humble, modeste et ne pas s’enfermer dans sa tour d’ivoire entouré de certitudes flattant son égo. Le don de soi doit être un de ses principes, de même que le pardon.
C’est cela la véritable voie du Budo. Un Art Martial est plus qu’un sport, car il va plus loin que l’aspect uniquement technique et l’obligation de performance. Il met l’accent sur la formation morale et philosophique du pratiquant qui veut bien en accepter les règles pour emprunter cette longue et passionnante voie du Budo. Les rapports entre pratiquants doivent être empreints de courtoisie, même lors d’entraînements intenses.

 

par Daniel CABANNE

 

Dragoncool mini