RESPECT

Article déjà publié il y a 2 ans, mais une petite piqûre de rappel ne fait pas de mal

“RESPECT”

Je ne prend pas souvent la parole pas plus que je ne démontre des techniques en dehors de mon enseignement et limité dans la sphère du dojo mais je vais faire une exception à la règle. Il y a peu par choix que j’ai accès à l’information par internet qui bien sûr nous donne l’occasion d’informations, de renseignements sur les sujets qui nous passionnent mais également de s’apercevoir que certains préceptes mis en avant dans bons nombres de structures « martiales » sont un peu galvaudés.

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Il y aurait soit disant un code moral comportant certaines notions telles que amitié, contrôle de soi, courage, honneur, modestie, politesse, respect, sincérité, humilité. Je pense que la notion de respect est la plus importante et contient en elle toutes les autres. Alors ce que je lis, entends ou vois ici et là m’interpelle de temps à autre car pour moi au sujet du respect c’est d’abord de montrer l’exemple et pas de développer des théories qui souvent d’ailleurs ne sont que des copies glanées ici et là et parfois légèrement modifiées pour s’approprier ces bonnes paroles. Le problème est que le lecteur non averti peut facilement imaginer qu’à partir du moment où l’on écrit des théories (philosophique ou technique) on est soi-même en pleine possession de ce savoir dans son comportement, dans sa vie de tous les jours. Les prêcheurs de bonnes paroles comme dans certaines religions (aucune n’y échappe) nous donnent la preuve vu l’actualité du moment que c’est souvent loin de la réalité. Alors avant d’écrire des pages de théories philosophiques ou encore des explications sur les secrets de telle ou telle technique, il suffirait souvent de transmettre le lien réel de l’information avec un petit remerciement pour son auteur originel qui s’il vous a posé quelques interrogations ne vous a pas obligatoirement transmis quoi que ce soit qui reflète votre savoir. Le respect pour moi et dans le sujet qui nous concerne, ce sont des choses simples et pourtant si difficile à respecter pour la plupart, en voici quelques exemples :

Respect de la parole donnée, que ce soit celle de l’enseignant ou celle de l’élève, peu de pratiquants portent de l’importance à cette règle impérative qui détermine souvent la confiance que l’on porte à l’autre. Les souvenirs personnels de ceux qui promettent d’être présents à un cours spécial ou à un stage et qui après coup n’ont même pas la délicatesse de s’excuser ou trouvent des prétextes pitoyables mais également la promesse d’un professeur qui doit s’occuper de votre dossier et qui a oublié ou bien encore la certitude de revenir la saison suivante sans suivi d’effet et surtout sans mot dire.

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Ne jamais imposer à ses élèves, ce que l’on ne s’impose pas à soi-même, que ce soit pour les remises en question (épreuves techniques en dehors de son système), esprit d’ouverture en invitant d’autres experts dans son propre dojo (ne pas avoir peur que vos élèves s’aperçoivent que vous n’êtes pas le seul et unique détenteur d’un savoir magistral)

Être un exemple sur l’assiduité et la ponctualité, si certaines exceptions peuvent se comprendre (maladie, accident) c’est une des première règle de respect qui se doit d’être réciproque.

Toujours être reconnaissant envers ceux qui vous ont fait avancer même si ils ont pris par la suite une direction qui ne vous convient plus car si l’on conçoit qu’un élève peut dépasser son Senseï autant en pratique que dans la philosophie et à en croire certains qui ce sont faits tout seul et possède la science infuse, ils ne doivent rien à personne et pourtant c’est souvent les premiers pas appris qui font que ce que vous êtes par la suite existe.

Éviter de se mettre en avant, il faut l’avouer ce n’est pas toujours facile quand l’on a la place du senseï, il en faut bien un mais le constat est que bien souvent sur les annonces, les affiches, les photos il y a prépondérance sur un personnage, voir il est tout seul alors que sans le groupe, les élèves, les sampais, il n’est rien. Également, se faire prendre en photo seul avec des experts ou maîtres, ce qui n’est pas interdit bien au contraire pour sa collection personnelle de bons souvenirs mais certains voudraient faire croire qu’ils ont reçu un enseignement direct avec ces illustres personnages et parfois même s’en font référence au monde entier pour justifier de leur bagage technique alors qu’ils n’ont en fait effectué qu’un stage ou deux et souvent noyé dans un groupe de pratiquants important.

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Éviter de montrer des techniques fantastiques qui peuvent paraître efficaces dans la dure réalité d’un combat réel alors qu’en fait et pour la plupart du temps elles ne fonctionnent que sur un « uké » complaisant. Le secret de l’art martial véritable est souvent acquis par la technique, de la sueur et un renforcement mental « la détermination, l’intention » et qui se passe de théorie compliquée et inexploitable.

Éviter de croire que seul votre art martial est valable, il est courant d’entendre des critiques sur une autre méthode, une autre école ou encore un autre style de la part de personnes qui ne les ont jamais pratiquées et qui souvent ne font que comparer avec ce qu’ils font eux-mêmes. Par exemple un pratiquant de tir à l’arc occidental regardant un pratiquant de kyudo pourrait être amené à trouver lamentable que ce dernier ne soit pas capable de viser le centre de la cible alors que pour le connaisseur il a peut-être fait un tir parfait.

Éviter d’enseigner ce que vous n’avez jamais appris, en dehors de quelques rares autodidactes qui ont de toute façon travaillé dur pour y arriver on ne peut pas sous couvert d’avoir un haut niveau dans une discipline s’approprier le droit de démontrer voir d’enseigner toutes les autres. J’ai le souvenir d’un professeur d’un art martial reconnu me reprocher d’enseigner plusieurs disciplines alors qu’il venait de faire une démonstration de sabre; il m’avoua qu’il n’en n’avait jamais abordé l’apprentissage mais que cela faisait bien pour l’occasion. Il n’est pas rare de voir enseigner les armes de kobudo par des professeurs n’ayant jamais pris un seul cours sous prétexte qu’ils ont la maîtrise des déplacements et des positions qui sont similaires dans leur discipline.

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Éviter de croire que vous avez fait le tour de votre discipline après l’obtention de quelques titres en championnat, il va sans dire que la participation aux compétitions n’est pas incompatible avec un cheminement véritable sur la voie du budo mais à la condition toutefois de se rendre compte que ce n’est qu’une distraction, une expérience, un passage (non obligatoire) qui peut éventuellement vous procurer des sentiments de réussite ou d’échec à savoir maîtriser ou pas et aussi certainement à vous forger une condition physique (parfois mentale) de sportif de haut niveau (non indispensable pour atteindre un niveau respectable dans la plupart des « budo »)

Éviter de croire que vous avez fait le tour de votre discipline après l’obtention de quelques grades qui peuvent éventuellement jalonner votre parcours et qui ne sont là que pour certifier par un regard extérieur le résultat de votre travail. Il est toujours bon d’avoir des avis d’experts (les vrais) qui soient d’ailleurs issus de courant différents ou de la même école, ils sauront vous guider sans jamais vous décourager à poursuivre vos efforts pour parfaire l’objectif que vous vous êtes fixé. Évidemment votre senseï se doit de montrer l’exemple.

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Éviter de croire que si vous pratiquez au sein d’une grande organisation (en nombre de licenciés) la validation de vos résultats aura une valeur supplémentaire en terme de « budokas », il y a au Japon (mais pas que) de petites structures dirigées par des maîtres véritables qui sont fréquentées par des pratiquants de tous niveaux venant du monde entier. Il est évident que ce n’est pas le fruit du hasard et que la transmission de certaines valeurs traditionnelles ne tient aucunement compte d’un potentiel important de « licenciés »

Éviter de croire que si vous pratiquez au sein d’une fédération « officielle » vos grades ou titres auront une valeur plus importante en ce qui concerne votre capacité à représenter par votre niveau, votre état d’esprit, votre comportement ce qui reflète véritablement votre niveau de compréhension quant à l’étude d’un « budo » véritable. Je ferais juste un petit encart en ce qui concerne les diplômes d’enseignants où je trouve normal de respecter certaines règles. Mais à mon sens seule la partie « commune » devrait suffire, la partie spécifique devrait se régler en interne de l’école.

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Éviter de croire que si vous pratiquez au sein d’un petit club en nombre de licenciés vous êtes limité dans votre évolution, peu importe le nombre mais s’il est évident que les échanges seront également limités c’est surtout le charisme de votre enseignant qui fera la différence et qui saura vous faire diversifier les relations avec l’extérieur. Bien sûr on peut concevoir qu’un restaurant où il y a toujours du monde doit avoir un bon « chef cuisinier » et se poser des questions là ou personne ne revient, mais la règle à suivre est l’affaire de chacun. Il faut quand même se rendre à l’évidence que si l’on peut tromper quelques crédules un certains temps là ou il y a un certains nombre d’anciens qui plus est des adultes avec des niveaux respectables reconnus, il y a forte chance que l’enseignement soit de qualité; sinon ce serait prendre tous ces adeptes pour des irresponsables.

Éviter d’étaler vos grades dans d’innombrables disciplines qui parfois ont été attribués par équivalence (j’éviterais de dire par correspondance, mais cela existe), respect bien-sûr à ceux qui touchent un peu à tout (je suis pour l’esprit d’ouverture) et qui savent au moins de quoi ils parlent mais quand j’ai de l’estime pour un haut niveau (7 dan minimum) dans une discipline, il ne me déplaît pas de savoir qu’il a aussi certains niveaux (dûment présentés et attribués) de 3e dan minimum dans d’autres disciplines mais je pense que dans ce domaine il faut rester humble et discret sinon un effet inverse sur l’admiration que j’ai pour cette personne pourrait bien me traverser l’esprit.

Éviter de prendre ses élèves pour des cobayes, vous devez être respecté pour les valeurs que vous transmettez et non par crainte. Quand je vois des élèves se faire malmener par leur senseï et qui doivent en plus lui dire merci, j’estime que ce n’est gratifiant ni pour l’élève (qui suis-je pour accepter cela) ni pour l’enseignant (qui suis-je pour m’autoriser cela) et ne me parlez pas du renforcement mental et autre méthode militaire sur l’obéissance et la soumission. J’aime à croire que mes élèves se souviendront de moi pour d’autres valeurs « humanistes ». Quelques exemples : met les mains derrière le dos, je vais vous faire voir ce qu’est un vrai mae-geri et bien-sur l’élève s’écroule en devenant tout pâle ou encore donne moi ton bras, je vais vous faire voir ce qu’est une vraie clef de poignet et bien-sûr l’élève se tord de douleur et tout cela souvent avec un sourire sarcastique du professeur « satisfait » de tant d’efficacité sous le regard admiratif des élèves. Pour ma part je ne met pas les mains derrière le dos, pas plus que je ne donne mon bras, en combat il faut venir le chercher. Je ne prétend pas qu’il faut faire dans la dentelle mais il y a un juste milieu.

Éviter de freiner l’évolution de vos élèves, bien-sûr que cela existe et surtout quand le professeur n’est pas lui même très gradé (hors de question qu’il ait le même grade que moi) ou alors que ce dernier ne se souvient plus que pour ce niveau il n’était pas non plus au top. Pour moi, c’est toujours une grande satisfaction quand un élève obtient un niveau supérieur et cela va m’obliger à travailler moi-même, à trouver d’autres moteurs d’intérêt pour garder sa motivation. Certains professeurs s’étonnent de voir partir leur élèves à un certain niveau dans d’autres dojos mais il faudrait avant de pester qu’ils fassent leur auto-critique. Tout d’abord on ne peut transmettre la passion que si l’on est soi-même passionné et on ne doit pas dissuader un élève d’aller voir ailleurs ce qui se passe, c’est le meilleur moyen de le perdre.

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Je pourrais bien-sur continuer à démontrer que les ambiguïtés sur la notion de respect sont nombreuses mais les quelques unes mises en avant précédemment sont le fruit d’expériences vécues et pas des bribes d’informations glanées sur le net. Certains peuvent aussi se demander qui suis-je pour m’autoriser à écrire ce genre d’informations et bien je vais vous le dire je suis quelqu’un qui est parti de rien et est arrivé à pas grand chose (enfin, quand même) mais je pense que je peux avoir la conscience tranquille sur l’application de la plupart (la perfection n’est pas de ce monde) des points abordés. Et puis ce sont mes élèves passés, présents et j’espère encore à venir ainsi que mes professeurs également passés, présents et à venir (pourquoi pas) qui eux seuls sont capables de juger si mes paroles sont cohérentes avec mes actes.

Heureusement il m’a été donné l’occasion d’avoir fréquenté et de côtoyer encore pour certains des personnages qui sont le témoignage que ce qui précède n’est pas que de l’utopie mais qui pour moi sont des références en matière de respect sur la plupart des points abordés et les préceptes qui vont avec et qu’il n’est pas inutile de rappeler (amitié, contrôle de soi, courage, honneur, modestie, politesse, respect, sincérité, humilité) à l’instar de pratiquants de haut niveau que je ne nommerai pas vu que je veux éviter les interprétations erronées mais je peux quand même donner quelques indications comme ce haut lieu de pèlerinage martial dans la Drôme qui devrait servir d’exemple à beaucoup de pratiquants (élèves et professeurs) et bien sûr un élève et ami de haut niveau alias « le samouraï du Jabron » qui nous l’a fait connaître, également un professeur d’origine Toulousaine fondateur d’une école qui nous a beaucoup apporté à une certaine époque et qui continue à apprendre de nouvelles techniques mais il me faut également citer mes premiers professeurs de karaté, de Jujutsu à l’époque quand la réputation se faisait plus difficilement par le bouche à oreille (la toile n’existait pas) et plus récemment des enseignants notamment de jujutsu en Bretagne avec qui nous avons partagés de bons moments et également à Paris avec des personnes qui dirigent des groupes qui correspondent à nos attentes. J’ai fait aussi pendant des années partie d’une structure Japonaise dans laquelle j’ai rencontré d’illustres pratiquants dans diverses disciplines mais la vie a fait que pour la plupart on s’est perdu de vue. Mais évidemment j’ai aussi rencontré des personnages qui par leur arrogance et leur certitude à pouvoir tout contrôler m’ont dissuadé de rester sur le même chemin et à l’heure d’aujourd’hui on peut dire qu’il faut savoir parfois quitter une route que l’on connaît pour s’apercevoir que de beaux paysages existent également dans les petits chemins. L’avenir nous dira si les choix ont été judicieux mais l’important n’est-il pas de toujours avoir du plaisir à pratiquer. On peut bien-sûr et objectivement reconnaître que ceux avec qui cela n’a pas « marché » nous ont fait évoluer, c’est sûrement grâce à eux que nous avons grandi car il aurait suffit de tout abandonner pour affirmer notre échec mais si l’on réussit à rebondir et entrevoir d’autres objectifs alors merci et respect pour ces personnages qui ont à un moment donné partagé notre route.

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Je pense que je vais être saturé pour un moment à communiquer ce genre d’informations, mais il me tenait à cœur de partager mon impression sur ce qui se dit ça et là à propos de notre passion commune et en particulier sur cette notion de respect si souvent abordée lors de circonstance et visiblement la plupart du temps inappropriée. La route est longue et jalonnée de pièges qui vous rappellent à l’ordre dés que vous perdez le contrôle de vos actes ou de vos paroles incohérentes avec ce que vous prônez par ailleurs et je suis conscient que je n’échappe pas à la règle. C’est difficile d’être attentif à ne pas s’égarer mais c’est pour cela que la voie est passionnante alors je ne souhaite qu’une seule chose c’est que les enseignants soient vigilants sur ce qu’ils transmettent et qui ne se mesure pas qu’en terme d’efficacité technique mais qui sont aussi des exemples, des références en terme de comportement relationnel que vos élèves sans s’en rendre compte vont s’identifier et c’est là une grande responsabilité. A l’heure où nous vivons, s’il est indéniable qu’il faille savoir se défendre contre une agression physique ou verbale (difficulté de se contenir dans ce dernier cas) mais la violence engendre la violence; alors il y a peut-être d’autres alternatives à mettre en avant comme cette notion de « respect » qui à mon sens ne peut pas résoudre tous les problèmes mais certainement peut laisser entrevoir une possibilité de « mieux vivre ensemble »

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Merci à tous d’avoir eu la patience de lire cet article jusqu’au bout, puisse t-il vous donner un nouvel élan à vous lancer corps et âme dans la difficile voie du « BUDO »

salut

  

Denis GAUCHARD Kyoshi